ContreVenant

juin 10, 2008

À rebours

Classé dans : Journalier — Tags : — bamin @ 1:12

Oui, ce blog part à vau-l’eau, mais ce n’est pas ma faute. Ce n’est pas ma faute. Et je viens d’avoir un nouvel appareil photo :

Je m’étais toujours demandé comment prendre les éclairs en photo. En fait c’est facile avec un appareil manuel, puisqu’il suffit de mettre un temps de pose suffisamment long (8 secondes, ici, je crois), et d’attendre. Cet éclair devrait me donner l’énergie nécessaire pour démarrer la machine à remonter le temps…

  • Hier, nous avons regardé Pologne/Allemagne chez les parents d’Aleks. La raclée. Les Polonais n’ont jamais réussi à gagner contre les Allemands (depuis l’origine de l’humanité). Les deux équipes se rencontrent souvent, et l’orgueil national en prend un coup. Heureusement, le bigos était excellent.
  • Samedi soir, le Boléro de Pascal Rioult. Enfin de Ravel, mais Rioult est chorégraphe, c’est un ballet. Précédé d’autres morceaux de Ravel et de Bach. Moi, la danse, j’y connais rien. Mais ça m’a plu. Vraiment. J’y retournerai.
  • Mais ne rien y connaître, ça n’empêche pas de jouer les experts, quand il le faut. J’ai en effet passé une bonne partie de ma semaine à lire et commenter une demande de financement pour un projet de recherche. Je me suis retrouvé “expert indépendant” (et presque anonyme) pour le CNRS, avec des centaines de milliers d’euros à la clé, pour rendre service à un collègue qui n’avait pas le temps de le faire. Pour moi, l’expérience était très instructive. Pour le comité qui alloue le financement, mon rapport risque de l’être beaucoup moins…
  • Mercredi, soirée “miracle fruit” chez Rob, dans le Lower East Side. Depuis qu’un article du New York Times a parlé de ces baies africaines qui agissent sur la chimie de la langue et transforment l’acide en sucré pendant une heure ou plus, elles sont devenues introuvables en ville. Rob s’en était procuré 10, partagées entre les 20 (premiers) invités. Ça marche. Une occasion unique de manger des citrons verts à pleines dents. Le poivron (goût pomme) dans l’humus (goût nutella), c’était pas mal aussi. On recommencera.
  • Mardi, deux visites au tribunal, à Brooklyn et Downtown. Le soir, pour accompagner Alana dans sa confrontation avec son ancienne colloc, qui refuse de lui rendre la caution (elle a gagné). Et le matin, Aleks prêtait serment pour devenir Américaine. C’était une scène vraiment émouvante, la salle d’honneur du palais de justice, remplie par près de trois cents immigrés de tous sexes, âges et origines, accompagnés de proches, écoutant le discours d’un jeune juge qui leur disait merci : “Les États-Unis se sont enrichis de vous tous, aujourd’hui”. Dans la soirée, Barack Obama devenait le candidat Démocrate.
  • Le week-end dernier, nous sommes allés voir l’exposition “Murakami”au Brooklyn Museum of Art. Les affiches un peu partout m’avaient attiré irrésistiblement. Beaucoup de pub pour un art très commercial, déclinant de petits personnages brevetés sur des sacs Louis Vuitton vendus au sein même de l’exposition. Mais la plupart des tableaux et des sculptures sont vraiment impressionnants. J’ai particulièrement aimé celui-là (et ses deux partenaires), dont la surface lisse est le fruit de couches successives de peinture et de ponçage.

Murakami, tableau

  • Autre artiste provocateur et mercantile, Damien Hirst m’attire également. J’avais cru comprendre que son requin mort était au MOMA. On l’y a cherché sans le trouver, apparemment, c’est au Met… Du coup, à la sortie, on a voulu aller voir la “Virgin Mother” installée dans la cour de la Lever House. Elle n’y est plus. C’est énervant.
  • Peut-être devrais-je aussi reprendre le fil de mon dernier message, celui dans lequel je donnais rendez-vous le lendemain… Eliza, le programme informatique qui se fait passer pour un psychanalyste, m’était revenu en mémoire à la lecture de Blindsight, un roman de science-fiction pas trop mal, pas génial, mais que l’auteur offre gracieusement en ligne. Je raconte : une expédition est envoyée aux limites du système solaire pour étudier une présence extra-terrestre. Le capitaine est un Vampire, une sous-espèce humaine disparue depuis la préhistoire, et génétiquement reconstruite, toujours travaillée de pulsions anthropophages. À l’approche de l’objet alien, un dialogue s’établit, en Anglais bien de chez nous. Mais un dialogue sans contenu, évasif, étrange, incompréhensible. Un peu comme avec Eliza, les humains sont les seuls à parler, et les ET ne font que donner l’impression de répondre, en utilisant des morceaux de langage récupérés parmi les communications radios humaines. C’est une “boite chinoise“, un système capable de dialoguer, mais sans conscience.
  • Bref, un roman avec des idées intéressantes, et beaucoup de défauts. Parmi les plus agaçants, une conviction qui semble être partagée par beaucoup d’auteurs américains de SF contemporaine: les Hommes viennent de Mars, les Femmes viennent de Vénus, voyage interstellaire ou pas. Du coup, j’ai décidé de me mettre à Dune, finalement. Et là, c’est vrai, ce n’est pas moins genré, mais c’est quand même vachement mieux, dans le genre.

mai 22, 2008

Eliza

Classé dans : Presque vrai — bamin @ 9:28

Deux mois sans rien écrire… Il ne doit plus rester grand monde. Pour la passante éventuelle, je recommande d’aller parler à Eliza. C’est un moyen pratique d’avoir une psychanalyse en ligne, en anglais, avec des spécialistes toujours disponibles. C’est anonyme et gratuit, sans engagement, et il vous suffit d’écrire sur vous, simplement, directement.

On en reparle demain.

mars 18, 2008

Exercice

Classé dans : Uncategorized — bamin @ 4:06

Peak Oil

Commentez ce graphique.

mars 13, 2008

Sex scandal à New York

Classé dans : Uncategorized — bamin @ 7:23
Karen

mars 11, 2008

The monsters behind the “monster”

Classé dans : Journalier — bamin @ 11:51

As you may know, Samantha Power, a top foreign policy adviser for Barack Obama, resigned from his campaign last week
for having called Hillary Clinton a “monster” during what she thought to be an off-the-record moment of an interview with a Scottish newspaper.

There may be much more to it that the usual primary race back-and-forth. Samantha Power embodied much of what is specific about Obama’s candidacy: his different views on foreign policy. Obama ran as the first and the most outspoken of Irak war opponents, and attacked Clinton on her vote to authorize Bush’s war. But, as he likes to remind us, he is “not opposed to all wars”, what he was opposed to was “a dumb war”. Indeed, neither is Samantha Power opposed to all wars. She is a theorician (or maybe an historian) of what may be called a “liberal interventionnism“, and would be always ready to send troops abroad to prevent a impending genocide. The whole question, then, is how to recognize what may become or has already begun to be a genocide. Where and when to intervene. (On the debates around this question, there is for instance Noam Chomsky’s answer to this NYT book review, and maybe also to this one…)

By obtaining Power’s resignation in the wake of her attacks about Obama’s foreign policy credentials, Clinton may be trying not only to make us forget the vote she cast in 2003, but also the ghost of an older story. Power, in a way, had already accused a Clinton of being a monster. It was Bill, it was in 2001 in the Atlantic Monthly, and he was depicted as a monster of indifference, by not having reacted to the Rwanda genocide in 94:

During the entire three months of the genocide Clinton never assembled his top policy advisers to discuss the killings. Anthony Lake likewise never gathered the “principals”—the Cabinet-level members of the foreign-policy team. Rwanda was never thought to warrant its own top-level meeting. When the subject came up, it did so along with, and subordinate to, discussions of Somalia, Haiti, and Bosnia. Whereas these crises involved U.S. personnel and stirred some public interest, Rwanda generated no sense of urgency and could safely be avoided by Clinton at no political cost.

[…]

What is most frightening about this story is that it testifies to a system that in effect worked. President Clinton and his advisers had several aims. First, they wanted to avoid engagement in a conflict that posed little threat to American interests, narrowly defined. Second, they sought to appease a restless Congress by showing that they were cautious in their approach to peacekeeping. And third, they hoped to contain the political costs and avoid the moral stigma associated with allowing genocide. By and large, they achieved all three objectives. The normal operations of the foreign-policy bureaucracy and the international community permitted an illusion of continual deliberation, complex activity, and intense concern, even as Rwandans were left to die.

[…]

According to several advisers, toward the end of his term of office Clinton himself snapped at members of his foreign-policy team, angry with them for not steering him toward a moral course. He is said to have convinced himself that if he had known more, he would have done more. In his 1998 remarks in Kigali he pledged to “strengthen our ability to prevent, and if necessary to stop, genocide.” “Never again,” he declared, “must we be shy in the face of evidence.” But the incentive structures within the U.S. government have not changed. Officials will still suffer no sanction if they do nothing to curb atrocities. The national interest remains narrowly constructed to exclude stopping genocide. Indeed, George W. Bush has been open about his intention to keep U.S. troops away from any future Rwandas. “I don’t like genocide,” Bush said in January of 2000. “But I would not commit our troops.” Officials in the Bush Administration say the United States is as unprepared and unwilling to stop genocide today as it was seven years ago. “Genocide could happen again tomorrow,” one said, “and we wouldn’t respond any differently.”

If the Clintons may have forgotten this article, if they ever knew about it, they certainly heard about her 2003 Pulitzer prize-winning book A Problem From Hell, which restated the same argument. Isn’t it possible that Hillary Clinton was ready to jump on Power at the first possible openning ? But after this setback, Obama’s campaign doesn’t appear willing to let them get rid of those ghosts. On TPM :

The Obama campaign has a new memo out from foreign policy adviser Greg Craig that goes after Hillary’s claim to foreign policy:

[…]

Rwanda:

Last year, former President Clinton asserted that his wife pressed him to intervene with U.S. troops to stop the Rwandan genocide. When asked about this assertion, Hillary Clinton said it was true. There is no evidence, however, to suggest that this ever happened. Even those individuals who were advocating a much more robust U.S. effort to stop the genocide did not argue for the use of U.S. troops. No one recalls hearing that Hillary Clinton had any interest in this course of action. Based on a fair and thorough review of National Security Council deliberations during those tragic months, there is no evidence to suggest that U.S. military intervention was ever discussed. Prudence Bushnell, the Assistant Secretary of State with responsibility for Africa, has recalled that there was no consideration of U.S. military intervention.

At no time prior to her campaign for the presidency did Senator Clinton ever make the claim that she supported intervening militarily to stop the Rwandan genocide. It is noteworthy that she failed to mention this anecdote – urging President Clinton to intervene militarily in Rwanda – in her memoirs. President Clinton makes no mention of such a conversation with his wife in his memoirs. And Madeline Albright, who was Ambassador to the United Nations at the time, makes no mention of any such event in her memoirs.

Hillary Clinton did visit Rwanda in March 1998 and, during that visit, her husband apologized for America’s failure to do more to prevent the genocide.

Samantha Power was talking at NYU last night. The conference room was packed, and I couldn’t get in, but Aleks, who had wisely reserved a seat, was able to report. Power did repeat her apologies for the “monster” remark, apparently with a sincere pain. She may have been apologizing to her fellow campaigners much more than to senator Clinton, though.

mars 10, 2008

Carte aux trésors

Classé dans : Journalier — bamin @ 3:49

Je ne crois pas avoir déjà donné ce lien, alors je profite d’une mise à jour après les primaires et caucus de la semaine dernière pour signaler l’existence de ça :

Purple primaries

Inspiré de “l’Amérique pourpre” et coloriant les circonscriptions en fonction des résultats des primaires démocrates, cette carte des nuances créée par Meng Bomin de Daily Kos me paraît pleine d’enseignements. Et un peu difficile à lire, aussi: j’ai choisi la version bleue et verte à cause de mon daltonisme… Il faut également se souvenir que la surface géographique des circonscription ne correspond pas du tout à leur population, et la domination apparente du vert clintonesque est en grande partie illusoire. On attend donc les cartogrammes.

D’abord, on peut y lire l’histoire spécifique de cette campagne, les premiers états à voter ont le rouge et le marron de John Edwards, avant qu’il ne quitte la course. L’Iowa qui tire vers le bleu, le New Hampshire vers le vert sont des phénomènes de début de campagne. Les états à caucus sont systématiquement plus bleus que leurs voisins (le Kansas, le Nebraska, par exemple), reflétant l’avantage d’Obama parmi les électeurs partisans, motivés, très politisés et ayant du temps libre qui peuplent les caucus. La Floride et le Michigan, enfin, sont probablement teintés en vert par l’absence de campagne officiel. Dans le Michigan, Obama n’était même pas sur les bulletins.

On peut aussi y voir une opposition urbains/ruraux. Le vote Obama est très corrélé avec le diplôme, notamment, avec le revenu, et avec la jeunesse. Des états très verts comme le Texas ou plus encore le Tennessee ont des taches bleues qui correspondent aux grandes villes. En tenant compte de la densité de population élevée dans les villes, on comprend pourquoi Obama domine le vote sans apparaître dominer la carte. C’est le même phénomène, d’ailleurs, avec les Démocrates en général, toujours beaucoup plus urbains que les Républicains, ce qui pourrait contredire l’idée qu’Obama est le candidat le plus centriste, le plus séduisant pour les indépendants et les républicains déçus.

Enfin, il y a un vote racial apparent dans la carte. Les contrastes les plus forts sont dans le vieux Sud, où l’on voit une large trainée bleue reflétant les régions où les Afro-Américains sont les plus nombreux, et une large bande vertes où ils le sont moins. Obama perd le Tennessee, l’Arkansas, le Texas, l’Oklahoma, le Missouri, le nord de la Georgie, de la Caroline du Sud ou l’ouest de la Virginie. Il semble bien que les démocrates blancs du sud ne sont pas très enthousiasmés par le candidat noir. Dans le sud-ouest et en Floride, on voit sans doute l’influence du vote Latino, plus favorable à Clinton, et qui pourrait expliquer les nuances du sud du Texas ou de la Californie. Toute la région donne les candidats au coude à coude, avec un léger avantage Clinton. Dans le nord-ouest blanc, Obama gagne systématiquement, ce qui fait dire à certains commentateurs que les blancs votent pour lui quand il n’y a pas de noirs dans l’état. C’est résumer un peu vite l’histoire raciale américaine. On peut aussi montrer une corrélation entre le vote blanc pour Clinton et la proportion de “southern baptists” (Bill Clinton est southern baptist, comme Al Gore ou Carter). Le nord-est et le mid-west, enfin, sont les plus difficiles à interpréter. Obama est sénateur de l’Illinois, Clinton de New York, et leur ancrage régional est manifeste. Mais pour le reste ?

Les déterminants géographiques (c’est-à-dire démographiques) du vote démocrate semblent tellement puissants qu’on résiste difficilement à l’envie de colorier les états encore vides. Le Mississippi pour Obama, ainsi que la Caroline du Nord, le Dakota du Sud, le Montana et l’Oregon. Clinton remportera la Pennsylvanie, la Virginie Occidentale et le Kentucky. On sait maintenant que tous les états voteront dans cette primaire, et cette radiographie du parti Démocrate, renforcée d’une quantité incroyables de sondages, sortie des urnes ou non, sera d’une profondeur unique.

On ne sait toujours pas qui gagnera ces primaires, mais une chose est sûre: mille et une thèses de sciences politiques vont fleurir.

mars 4, 2008

Prédictions

Classé dans : Journalier — bamin @ 9:38

Bon, allez, il est 4h30, il me reste encore quelques minutes pour faire des prédictions sur les résultats des primaires et caucus démocrates d’aujourd’hui. Mais comme je n’ai pas trop d’idées, j’ai délégué, j’ai demandé à Kos de faire le boulot pour moi.

Tempête de neige dans un verre de trop.

Classé dans : Journalier — bamin @ 1:43

J’avoue, j’ai souvent éprouvé quelque chose comme du mépris pour les gens qui osaient manger leurs frites avec de la mayonnaise. Je voudrais leur demander pardon. Mais par où commencer ?

  • Il y a maintenant presque deux semaines, la tempête s’est approchée. Je ne la voyais pas venir. Le jeudi matin, allant chercher le pain, marchant entre les New York Times distribués devant les portes du couloir de mon immeuble, j’ai simplement entraperçu une photo de John McCain en première page. Après le petit déjeuner, tandis que je musais sur Internet, une rumeur trouble commençait à se faire entendre dans les commentaires de blogs, ou les liens Google. J’y prêtais l’oreille: le NYT attribuait à Mac une aventure extra-conjugale. Les cinq pages de l’article sont passionnantes, le titre apparemment absurde (For McCain, Self-Confidence on Ethics Poses Its Own Risk), et la rumeur mal fondée: les journalistes se contentent de faire état des inquiétudes d’anciens conseillers (anonymes) de McCain pendant les primaires républicaines de 2000, à cause de sa “proximité” avec Vicki Iseman, une lobbyiste de Washington.
  • Alors que le débat se propage à la vitesse du buzz (”the speed of buzz” semble devenir une unité de mesure. La “buzz hour” et le “buzz day” mesurent des distances virtuelles), ou pas loin, je me fascine pour cette histoire. Les trois journalistes du Times ont-ils eu raison d’imprimer publiquement des rumeurs ? La “thèse” de leur papier selon laquelle McCain confond éthique et honneur, et ne s’astreint pas aux règles auxquelles il voudrait soumettre les autres, a-t-elle une chance de surnager au milieu de l’explosion de leur bombe sexuelle ? J’attendais avec excitement les développements des jours suivants.
  • Point. Le lendemain, le débat Obama/Clinton crée la surprise en étant calme et informatif. On prévoyait du sang. Clinton, acculée, plus rien à perdre, allait se lâcher, c’était sûr. Et puis non. À la place, elle souligne “l’honneur” de participer à une campagne avec Barack Obama. Cette courtoisie est peut-être une déception, c’est aussi un soulagement, quand on imagine à quel point leur affrontement pourrait dégénérer. On raconte qu’Obama “is walking on clouds”. En réalité, il marche sur des oeufs. Son “post-racialisme” est un équilibre délicat, et s’il ne sera probablement jamais l’objet d’attaques directement racistes, n’importe quelle autre accusation un peu fondée peut recevoir le prompt renfort d’une armée de préjugés.
  • Ça ne tarde pas, en fait. Clinton s’énerve à propos de NAFTA et de mandates et accuse les tracts d’Obama d’être malhonnêtes. Et puis le Drudge Report balance la photo d’Obama en habit somali, prétendant l’avoir reçue d’un membre de la campagne d’Hillary Clinton. Vagues contestations. Obama ressemble à un Musulman, d’accord, mais ne serait-il pas aussi antisémite? Cette question qui hantait quelques bloggeurs de droite atteint le grand public lorsque Louis Farrakhan finit par chanter les louanges d’Obama. Il reçoit le soutien d’un leader noir, Musulman, populiste connu pour ses commentaires antisémites. Qu’a-t-il à répondre ? (McCain drague John Hagee, ça n’a pas l’air de poser trop de problème. Quel homme blanc peut être tenu pour responsable des errances d’un autre homme blanc ?)
  • Et la neige tombe. Une vraie tempête de neige, enfin, la première cet hiver. On fait un bonhomme de neige aux yeux bridés, les bras croisés sur la poitrine. La neige tombe, nous buvons du vin avec un couple d’ami en regardant par la fenêtre les immeubles qui s’effacent. Le lendemain, on part faire du ski de fond avec la famille d’Aleks. C’est une belle forêt, ça tourne autours d’un lac, les troncs des arbres sont couverts de neige au côté exposé au vent. On fait un bonhomme de neige écrasé par une bûche. On s’envoie des boules de neige. On prend un chocolat chaud.
  • La neige est presque partie. La campagne est toujours là, plus que jamais. On s’interroge sur les lobbyistes qui entourent McCain. On demande à Hillary si elle pense qu’Obama est Musulman (et sa réponse semble sortie du cirque de Pékin. Je parle de contorsions). On accuse Obama de ne pas dire assez qu’il n’y a rien de mal à être Musulman (par Naomi Klein, par exemple). On attend toujours que les Clintons publient leurs relevés d’imposition. On se demande si les très vagues soupçons de corruption qui entourent l’achat par Obama de sa maison il y a trois ans ont un fondement. Allons plus loin: qu’est-il écrit sur le pyjama de cet enfant endormi, vers la onzième seconde du film clintonien ? McCain est-il vraiment responsable de la mort de 134 soldats américains ? Etc. etc. Les rumeurs tombent drues, les grandes questions s’effacent.
  • Il faut s’aérer. On va fêter l’anniversaire de Patricia dans un bar. Les disques du DJ sont dorés. Le hamburger à l’agneau est vraiment délicieux, mais Nico n’a pris que des frites, accompagnées d’une sauce de couleur indéterminée, dans l’obscurité. Sur un écran, ils projettent un film étrange, Pierrot s’éveille dans une forêt, l’Égypte, une prêtresse aux seins nues, une boite en bois. Une fille avec des bottes de mouton se met à danser comme un serpent. Ses cheveux crépus sont tirés en arrière par un large bandeau. Et je trempe ma frite dans la mayonnaise. On boit. Un peu plus loin, au bar, il y a un juif orthodoxe, je me dis que mon hamburger était peut-être kascher. Je trempe ma frite dans la mayonnaise. Serpent-Mouton va draguer l’orthodoxe. Ses cheveux à lui semblent tirés vers l’avant dans une coiffure presque contraire à celle de la fille. Il a l’air timide. Je trempe ma frite dans la mayonnaise.

Il est grand temps que les primaires se terminent. Pour tout dire, franchement, ça commence à me saouler.

février 14, 2008

Neige

Classé dans : Dessin — bamin @ 5:19
Gribouille dans la neige

février 12, 2008

Kill Hill

Classé dans : Journalier — bamin @ 12:06

Le lendemain du super Tuesday, la cote d’Hillary Clinton remontait sur le marché en ligne Intrade, suggérant, assez logiquement, qu’elle était globalement la gagnante d’un vote dont elle avait ramassé la majorité. Le jour suivant, pourtant, c’était la dégringolade, le passage sous la barre des 50% (ou plutôt des 50 centimes pour un dollar) et en dessous d’Obama. Je ne vois pas d’événement majeur qui explique ce retournement du 7 février, ni accident de campagne, ni “endorsement” par une figure politique majeure (on attend toujours que John Edwards et Al Gore donnent leur avis…), et surtout les primaires suivantes ne sont intervenues que le 9 février. L’annonce des difficultés financières de la campagne Clinton a certes été faite la veille, mais est-ce suffisant ? Bref, l’explication qui me vient à l’esprit, c’est qu’il a fallu entre 24 et 48 heures aux parieurs (ou dit-on “spéculateurs” ?) pour tirer les conclusions des résultats eux-mêmes.

Et, c’est vrai, je peux vous le dire après quelques jours de surfing (et deux primaires et trois caucus en plus, tous gagnés par Obama), le futur est sombre pour la candidature Hillary, indeed. Les résultats du mardi 5, apparemment serrés, s’ajoutaient aux votes précédents dans lesquels Obama menait, en nombre de délégués et en nombre de votes. D’autre part, la comparaison du nombre de votes ne prenait pas en compte la particularité des caucus (où Obama gagne en général). Bref, si ce n’était pour son avantage chez les délégués “unpledged” (les officiels du parti), Clinton serait déjà en seconde position depuis un certain temps. Et les jours qui viennent ne vont sans doute rien arranger: les sondages ne prévoient aucune victoire pour Clinton avant le 4 mars, c’est-à-dire des défaites en Virginie, dans le Maryland, le Disctrict of Columbia, le Wisconsin et Hawaii. D’ici au 4 mars, et aux votes du Texas et de l’Ohio, il sera sans doute trop tard pour inverser la tendance. Clinton n’a plus beaucoup d’argent, et sa marge dans les sondages nationaux se réduit à mesure qu’Obama sort de l’incognito. On peut même maintenant démontrer statistiquement la prochaine victoire d’Obama (ce qui est bien avec les blogs, c’est qu’on a pas besoin de s’embarrasser de précautions épistémologiques).

Hillary souffre, mais on continue à s’amuser. Jeudi soir, on est allé voir Avenue Q, le musical avec des marionnettes. Vendredi, un concert de jeunes rockeurs dans un bar de Lower East Side. Et Samedi, Pony nous avait invité à une soirée “Mafia”, j’ai dû sortir ma moustache et mon béret.

Mais le sexisme basse et haute intensité qui a accompagné la campagne Clinton, lui, ne connaît pas de rémission. Additionné de haine anti-Clinton , il envahit aussi certains commentaires pro-Obama des blogs et des journaux que je lis. Et déborde régulièrement dans la grande presse et dans les meetings (à une électrice lui demandant “comment on gagne contre la salope ?”, McCain, après avoir bien ri, répond que “c’est une excellente question”…). Heureusement, Media Matters veille. Et d’autres s’y sont mis. C’est que la campagne Clinton a saisi l’occasion fournit par le dérapage d’un journaliste de MSNBC pour remettre la question sur le tapis. Il est évidemment délicat, quand on est une femme en campagne, d’attirer trop l’attention sur le sexisme dont on est victime, mais quand Chelsea Clinton se fait plus ou moins traiter de pute à la télé, difficile de ne pas réagir.

La dissymétrie avec le racisme est évidente. Moins politisé, plus diffus, mieux accepté, le sexisme qui frappe Clinton n’est bien sûr pas la seule raison de ses difficultés, mais il est assez décourageant de voir le rôle qu’il joue. On est tous un petit peu raciste, mais on ose pas le dire. On est tous un petit peu sexiste, mais ça ne vaut même pas une chanson.

Bon mais je vous laisse naviguer ailleurs. Vous avez sans doute mieux à faire.

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