À rebours
Oui, ce blog part à vau-l’eau, mais ce n’est pas ma faute. Ce n’est pas ma faute. Et je viens d’avoir un nouvel appareil photo :
Je m’étais toujours demandé comment prendre les éclairs en photo. En fait c’est facile avec un appareil manuel, puisqu’il suffit de mettre un temps de pose suffisamment long (8 secondes, ici, je crois), et d’attendre. Cet éclair devrait me donner l’énergie nécessaire pour démarrer la machine à remonter le temps…
- Hier, nous avons regardé Pologne/Allemagne chez les parents d’Aleks. La raclée. Les Polonais n’ont jamais réussi à gagner contre les Allemands (depuis l’origine de l’humanité). Les deux équipes se rencontrent souvent, et l’orgueil national en prend un coup. Heureusement, le bigos était excellent.
- Samedi soir, le Boléro de Pascal Rioult. Enfin de Ravel, mais Rioult est chorégraphe, c’est un ballet. Précédé d’autres morceaux de Ravel et de Bach. Moi, la danse, j’y connais rien. Mais ça m’a plu. Vraiment. J’y retournerai.
- Mais ne rien y connaître, ça n’empêche pas de jouer les experts, quand il le faut. J’ai en effet passé une bonne partie de ma semaine à lire et commenter une demande de financement pour un projet de recherche. Je me suis retrouvé “expert indépendant” (et presque anonyme) pour le CNRS, avec des centaines de milliers d’euros à la clé, pour rendre service à un collègue qui n’avait pas le temps de le faire. Pour moi, l’expérience était très instructive. Pour le comité qui alloue le financement, mon rapport risque de l’être beaucoup moins…
- Mercredi, soirée “miracle fruit” chez Rob, dans le Lower East Side. Depuis qu’un article du New York Times a parlé de ces baies africaines qui agissent sur la chimie de la langue et transforment l’acide en sucré pendant une heure ou plus, elles sont devenues introuvables en ville. Rob s’en était procuré 10, partagées entre les 20 (premiers) invités. Ça marche. Une occasion unique de manger des citrons verts à pleines dents. Le poivron (goût pomme) dans l’humus (goût nutella), c’était pas mal aussi. On recommencera.
- Mardi, deux visites au tribunal, à Brooklyn et Downtown. Le soir, pour accompagner Alana dans sa confrontation avec son ancienne colloc, qui refuse de lui rendre la caution (elle a gagné). Et le matin, Aleks prêtait serment pour devenir Américaine. C’était une scène vraiment émouvante, la salle d’honneur du palais de justice, remplie par près de trois cents immigrés de tous sexes, âges et origines, accompagnés de proches, écoutant le discours d’un jeune juge qui leur disait merci : “Les États-Unis se sont enrichis de vous tous, aujourd’hui”. Dans la soirée, Barack Obama devenait le candidat Démocrate.
- Le week-end dernier, nous sommes allés voir l’exposition “Murakami”au Brooklyn Museum of Art. Les affiches un peu partout m’avaient attiré irrésistiblement. Beaucoup de pub pour un art très commercial, déclinant de petits personnages brevetés sur des sacs Louis Vuitton vendus au sein même de l’exposition. Mais la plupart des tableaux et des sculptures sont vraiment impressionnants. J’ai particulièrement aimé celui-là (et ses deux partenaires), dont la surface lisse est le fruit de couches successives de peinture et de ponçage.

- Autre artiste provocateur et mercantile, Damien Hirst m’attire également. J’avais cru comprendre que son requin mort était au MOMA. On l’y a cherché sans le trouver, apparemment, c’est au Met… Du coup, à la sortie, on a voulu aller voir la “Virgin Mother” installée dans la cour de la Lever House. Elle n’y est plus. C’est énervant.
- Peut-être devrais-je aussi reprendre le fil de mon dernier message, celui dans lequel je donnais rendez-vous le lendemain… Eliza, le programme informatique qui se fait passer pour un psychanalyste, m’était revenu en mémoire à la lecture de Blindsight, un roman de science-fiction pas trop mal, pas génial, mais que l’auteur offre gracieusement en ligne. Je raconte : une expédition est envoyée aux limites du système solaire pour étudier une présence extra-terrestre. Le capitaine est un Vampire, une sous-espèce humaine disparue depuis la préhistoire, et génétiquement reconstruite, toujours travaillée de pulsions anthropophages. À l’approche de l’objet alien, un dialogue s’établit, en Anglais bien de chez nous. Mais un dialogue sans contenu, évasif, étrange, incompréhensible. Un peu comme avec Eliza, les humains sont les seuls à parler, et les ET ne font que donner l’impression de répondre, en utilisant des morceaux de langage récupérés parmi les communications radios humaines. C’est une “boite chinoise“, un système capable de dialoguer, mais sans conscience.
- Bref, un roman avec des idées intéressantes, et beaucoup de défauts. Parmi les plus agaçants, une conviction qui semble être partagée par beaucoup d’auteurs américains de SF contemporaine: les Hommes viennent de Mars, les Femmes viennent de Vénus, voyage interstellaire ou pas. Du coup, j’ai décidé de me mettre à Dune, finalement. Et là, c’est vrai, ce n’est pas moins genré, mais c’est quand même vachement mieux, dans le genre.





